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  • Une source au désert

Comment la posture d’être une présence désarmée aide l’autre dans sa quête de sens.

La présence nue consiste simplement à ne pas se dérober devant le questionnement intime de l’autre et à ne pas se dépêcher de vouloir insuffler un sens qui n’y serait pas.


À propos de ma pratique, je me situe sur le terrain de la personne et je travaille à partir d’une lecture anthropologique, c’est-à-dire que j’observe ce que la personne manifeste. Par son discours, composé autant de ce qu’elle dit que de ce qu’elle évite de mentionner en banalisant ou en détournant le sujet, je pressens son monde. La manière de construire son argumentation, les réactions corporelles, les expressions faciales, la tonalité de la voix et ce que je ressens intérieurement contribuent également à « toucher » comment l’autre se vit. C’est à partir de ce seul terrain que je peux risquer d’utiliser les liens qui émergent spontanément à mon esprit comme une interprétation permettant à un sens perdu, oublié ou refoulé de s’exprimer.

« Quand la personne prend le risque de verbaliser le non-sens, un sens nouveau, auparavant voilé, peut commencer à émerger.»

L’approche anthropologique s’intéresse à la question du sens et du non-sens vécus par la ou les personnes auxquelles s’adresse le soin. Elle ouvre sur le terrain existentiel de celui ou de celle qui cherche à savoir : « Mon expérience de souffrance, de maladie, de deuil, de perte, qu’est-ce que cela peut bien vouloir dire pour moi? » Quand la personne prend le risque de verbaliser le non-sens, un sens nouveau, auparavant voilé, peut commencer à émerger. Ce sens, la personne découvre qu’elle le connaissait vaguement, sans jamais en avoir clairement pris conscience.


La présence nue consiste simplement à ne pas se dérober devant le questionnement intime de l’autre et à ne pas se dépêcher de vouloir insuffler un sens qui n’y serait pas. Ce n’est pas davantage vouloir à la place de la personne ou faire quelque chose pour elle. C’est tout le contraire de la compassion qui cherche à rassurer. Assez souvent dans ce genre de compassion, la personne qui veut rassurer l’autre souffrant s’agite et dit des énormités; cette agitation comporte toutefois un but inavoué : se rassurer, tenir à distance la souffrance ou faire taire son propre malaise.


Bref, la compassion immédiate vise à empêcher une véritable prise de parole. Elle ne cherche rien d’autre. Elle ment lorsqu’elle affirme « Je suis avec toi! », car elle ne supporte pas ce lieu de présence désarmée où quelque chose de vivant pourrait se dire. Une véritable présence risquerait de faire trembler les fondations de la méprise sur l’autre souffrant.


La présence offre tout simplement un espace de parole dans lequel tout peut se dire.


Cette parole vive émerge d’abord de manière chaotique et confuse, parfois dans un langage rempli de violence et de négatif. Le fait de se tenir à cet endroit avec l’autre, dans la détresse qui est la sienne, autorise ce dernier à parler sans d’abord comprendre ce que cela peut vouloir dire.


Avec la présence d’un témoin désarmé, la personne souffrante est en mesure de découvrir peu à peu ce qui parle de la vie en elle, malgré la souffrance et la mort à venir. Le témoin recueille alors la parole risquée et souvent inouïe de la principale intéressée. Le surgissement de « ce que cela signifie pour moi » redonne des repères qui permettent d’envisager la vie telle qu’elle est.


Avec des années de pratique de la présence nue, je peux en témoigner : ce qui surgit est une parole de vie qui dénonce les impostures et nous remet en question. Cette parole relève, redonne sens et courage, et permet de mieux se connaître.


Claude Mailloux, Présence Nue. L’accompagnement des personnes souffrantes, Montréal, Novalis, 2017, p. 70-73


Ce blog se veut un lieu d'échange et de réflexion. Osez une parole plus bas!

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