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  • Une source au désert

Si Dieu ne voyait pas comme nous...

Voici ma deuxième réflexion:


Contexte

En parlant des couples de même sexe, un ministre du culte affirme: "Je les bénis individuellement bien volontier, mais je ne célèbrerai jamais d'unions homosexuelles . Le bon Dieu ne propose pas un menu à la carte où l'on prend ce qui nous intéresse et où l'on met de côté ce que l'on ne veut pas . J'ai eu un cas dans ma famille . J'ai dû leur dire non . Et ce "non" a été l'un des plus douloureux de ma vie . Mais ce n'est pas rendre service que de conforter les gens dans l'erreur…"

Qui serions nous pour pouvoir juger qui que ce soit? L’Église est bien davantage que ce que l’on peut en voir du côté institutionnel. Pour ma part, je me rappelle plusieurs versets dans lesquels Jésus va à l’encontre de nos logiques habituelles. S’il devait se réincarner au XXIe siècle, nous risquerions de le condamner à notre tour en pensant bien faire.


Pour revenir au témoignage des Écritures, je pense à beaucoup de gestes et de paroles de Jésus qui vont à l’encontre de la religion juive. Par exemple, Jésus justifie le Publicain tandis qu’il disqualifie celui qui se croit juste. Je me souviens encore de cette parole dans laquelle Jésus dit qu’il vient sauver ce qui est perdu. Je me remémore le récit de l’ascension dans lequel les disciples sont invités à rencontrer le Ressuscité qui est déjà là dans la Galilée des nations. Jésus est parfois en colère contre les Scribes et les Pharisiens qui, dans leur minutie à suivre la lettre de la loi, en oublient l’esprit. Il chasse les vendeurs du temple. Il guérit le jour du sabbat. En plus, il ne condamne pas la femme adultère alors que la loi dit qu’elle doit périr.


Ces quelques lignes m’amènent à réfléchir sur ce que la Bible appelle le Satan, pour montrer à quoi la logique accusatrice conduit. Je crois en Dieu, mais je sais que le Satan habite aussi en chaque personne. Ce personnage exerce son influence lorsque nous voulons réduire l’Alliance à une série de lois morales. Le Satan est celui qui se montre comme l’accusateur face à Dieu.


Anthropologiquement parlant, nous trouvons cet accusateur dans un réflexe natif en chacune et chacun de nous. Oui je le sais d’expérience, de la mienne et de celles des nombreuses personnes que j’ai eu le privilège d’accompagner depuis plus de 25 ans, l’accusateur est bien présent en nous. Il obéit à la loi du plaire-déplaire comme le font tous les enfants en bas âge. L’enfant déclare « bon » la personne qui lui donne ce qu'il veut: une bonne mère, un bon père ou encore une bonne personne. À l’inverse, lorsque l’on ne répond pas à ce que l’enfant veut, le qualificatif « mauvais » surgit avec des expressions de colère et de frustration.


En nous, l’accusateur occupe cette place enfantine qui bascule du bon au mauvais avec une rapidité étonnante. On peut facilement l’observer en regardant des enfants en bas âge. Si l’Évangile était, d’abord et avant tout, une morale, il faudrait faire comme Saint-Paul l’a fait avec la loi juive. La loi ne sauve pas. Elle ne fait qu’enfer-mer (enfermer) dans le rejet. L’Évangile n’est pas une loi morale, sinon il ne pourrait pas être une bonne nouvelle. Il nous condamnerait toutes et tous.


Défendre la loi, où les règles établies, en ne tenant pas compte des personnes réelles, ne fait que les enfer-mer dans un jugement qui appelle une sentence de mort. Il s’agit alors d’une parole de mort. La Bonne Nouvelle, c’est que nous sommes aimé(es) par un amour sans conditions, ni repentir (Voir mon livre : Présence nue, L’accompagnement des personnes souffrantes, Novalis, 2017). Cet amour là sait se faire proche en dépit de tout ce qui en nous s’y oppose. Nous sommes tous des pécheurs en recherche d’une Parole qui nous libère pas à pas.


Il ne peut y avoir de bonne nouvelle que dans une Parole, ou bien un Verbe, qui nous libère de toutes attaches injustes. Il est bien malheureux de remplacer la bonne nouvelle par une règle, si bonne soit-elle, qui va à l’encontre du mouvement de salut en nous, replongeant dans une dynamique d’accusation-condamnation.


Nous tous qui nous savons fragile à retomber dans ce piège, nous savons que celui-ci n’est source d’aucune vie. Il l’étrangle au contraire pour mieux nous rendre conformes à une Image de Dieu qui, Lui, n’a pas d’image. À partir de là, il nous est toujours loisible de continuer à tourner en rond dans le culs-de-sac du jugement-condamnation. Nous sauverons l’idole en sacrifiant le vrai Dieu.


En aucun cas l’Église, ou ses ministres, ne devraient nous aiguiller dans ce piège au nom de l’Évangile du salut. Ouvrez disait Jean-XXIII en invitant au Concile Vatican II. Son appel n’a pas fini d’être entendu.

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